Hina :
Non, tu ne m’aimes pas. L’amnésie ne m’aura même pas donné cette illusion-là.
Paul :
Pardon ?
Hina :
Nous ne nous aimons plus depuis quelque temps... Certes, nous avons des hauts et des bas et la flamme repart de temps en temps... Ici et là. Mais je ne vais pas me mentir ou te mentir… Tu découvriras vite la vérité. Tu as toujours su être bon pour ça.
Paul :
Quelle vérité ?
Hina :
Que je t’aime tendrement. Que je t’ai toujours aimé tendrement. Que je t’ai été infidèle comme tu me l’as été. Tu as besoin d’aller voir ailleurs. Mais là où je te reste fidèle en amour, tu ne me portes plus dans ton cœur car tu es tel au vent… Tu souffles puis tu t’arrêtes car tu ne sais pas rester à un seul endroit longtemps.
Paul :
Il y a pourtant des endroits au monde où le vent souffle sans jamais s’arrêter… Regarde en Patagonie.
Hina :
Je ne t’ai jamais entendu dire ça avant.
Paul :
C’est que… C’est que ce n’est pas moi qui le dit. Quelqu’un d’autre vient de parler pour moi. Quelqu’un d’autre que je connais… Comme mon âme.
Hina :
Je m’en vais. J’en ai suffisamment entendu.
Marie :
Non, restez !
Hina :
Ne voyez-vous pas qui il est !
Marie :
Vous devez m’aider à remplir le formulaire.
Hina :
Je n’en ai fichtre faire de votre formulaire.
Paul :
J’ai mal à la tête.
Marie :
Venez, asseyons-nous. (Elle s’assoit et invite Hina et Paul à s’asseoir près d’elle) Nous allons remplir votre questionnaire médical ensemble pour vous aider (à Paul) à retrouver votre mémoire, (à Hina) et vous, votre calme. D’accord ?
Ils soupirent et s’assoient tous les deux autour de Marie.
Marie :
Nom ?
Hina :
Jacques.
Marie (à Paul) :
Prénom ?
Paul :
Paul.
Marie :
Situation maritale ?
Hina :
Célibataire.
Paul :
Divorcé ?
Hina (à Marie) :
Paul ne s’est jamais marié. Et ne vous avisez pas d’aborder le sujet avec lui…
Paul :
Je ne suis pas marié ?
Hina :
Non.
Paul :
Pourtant, j’ai l’impression d’être marié.
Hina :
Tu n’es pas marié Paul. Tu as toujours refusé de te marier et faire vœu de fidélité.
Paul :
Ah bon ? Pourtant…
Marie :
Pourtant ?
Paul :
Je suis marié. J’en ai la certitude.
Marie :
Se pourrait-il que Paul soit marié et que vous ne soyez pas au courant Hina ?
Silence. Hina se lève en soupirant.
Hina :
Oui... Oui. C’est possible. Tout est possible avec Paul… Mais le mariage, c’est bien quelque chose qui me paraît inconcevable… Enfin. (Elle lève les mains au ciel)
Silence.
Marie :
Nous allons faire un test. Très simple. Répondez par « oui » ou par « non ». Prenez votre temps.
Paul :
Très bien. Allons-y Marie.
Marie :
Avez-vous rendez-vous aujourd’hui ?
Paul :
Oui. Il est d’une importance vitale.
Marie :
Paul !
Paul :
Ah… Excusez-moi Marie.
Marie :
Restez concentré. (Un temps) Avez-vous rendez-vous ce soir ?
Paul :
Oui.
Marie :
Avez-vous une femme ?
Paul :
Oui.
Marie :
Avez-vous rendez-vous avec votre femme ?
Paul (un temps) :
Oui Marie, j’ai rendez-vous avec ma femme. Vous avez tout juste. (A Hina) J’ai rendez-vous avec ma femme.
Hina veut sortir.
Marie :
Avez-vous des enfants avec Paul, Hina ?
Hina s’arrête.
Hina :
Je voudrais sortir maintenant.
Paul :
Oui. (Il regarde Hina) Je me souviens maintenant. Nous avons une petite fille tous les deux.
Silence.
Hina :
Oui. Elle a cinq ans.
Paul :
Oui. Son prénom évoque les fleurs et les îles de Polynésie… Car je viens de Polynésie et toi aussi.
Hina :
Paul a grandi en Polynésie pendant son adolescence. Il s’estime Polynésien.
Paul :
Et Egyptien !
Hina :
Pardon ?
Paul :
Oui, Egyptien ! Je n’ai pas un attachement avec l’Egypte ?
Hina :
Ah ! Aucun ! Tu y es allé avec ton fils et tes parents, mais c’était en vacances. (Un temps) Ta fille s’appelle Tiaré, Paul.
Paul :
Oui. Tiaré. Et Alexandre, mon fils. Comme je les aime. Ils vont venir ?
Hina :
Je ne sais pas. Je n’ai pas encore eu Hélène au téléphone.
Paul :
Hélène est ma première femme et Alexandre a treize ans. Je l’aime et j’en suis fier. Vous pouvez le noter Marie, les choses vraiment importantes ne sont jamais écrites dans les dossiers administratifs. C’est pourtant cela qui fait la vie.
Marie :
Je le note, Paul mais c’est parce que cela fait partie de votre dossier.
Paul :
Bien. Vous êtes une bonne infirmière. Je vous rembaucherai.
Marie :
Oui… Sauf que j’aurai dû être pâtissière.
Paul :
Pâtissière ? Mais quelle idée. (Il prend ses mains dans les siennes) Pâtissière, quel outrage ? Vous auriez brûlé vos mains… Si fines. Ah non Marie, vous êtes infirmière. Très douée comme infirmière.
Marie :
Arrêtez, vous allez me faire rougir.
Hina :
Je m’en vais.
Marie se lève :
Restez Hina.
Paul se lève :
Restez Hina.
Hina :
Pourquoi rester quand il est prêt à vous manger comme son quatre heures ?
Paul :
Je ne veux pas manger Marie. Je suis marié.
Hina :
Laissez-moi sortir, son amnésie me fatigue.
Marie acquiesce.
Paul (à Hina):
Embrasse-moi car je t’aime et je te respecte. Tu es la mère de ma fille et celle qui m’aide à passer le quotidien.
Hina :
Certes. Tu as toujours su faire des phrases qui veulent tout et rien dire. Des phrases creuses et pleines de cette vérité que tu ne caches jamais… Même si cela doit me faire souffrir. Ah non… Tu ne caches jamais rien, surtout si cela peut me faire souffrir. C’est pour ça que tu ne peux pas être marié.
Paul :
Je ne cherche pas à te faire souffrir.
Hina ;
Tu sais bien que tu le fais au quotidien.
Paul :
L’amour est souffrance.
Hina (à Marie) :
C’est son credo ça… (A Paul) Avec celui-là, « amour égal liberté », c’est pour ça que tu ne peux pas être marié.
Paul :
Touché. Tu as probablement raison. Je ne sais pas.
Silence.
Marie :
Sortez Hina.
Hina :
Tu sais mais tu mens.
Marie :
Il faut sortir Hina.
Paul :
Je ne me souviens pas.
Hina :
Ta mémoire a des trous arrangés, cousus sur-mesure… A ta mesure.
Marie :
Il faut que j’interroge Paul.
Paul :
Je ne me souviens pas.
Hina :
Pourquoi mentir ? Pourquoi jouer ?
Marie :
Hina, s’il vous plaît. Croyez-moi… Il faut sortir.
Paul :
Si je jouais, je jouerai avec ma vie et si je mentais, je mentirai à mes enfants. On ne peut pas leur mentir.
Hina :
Tout les parents le font, pour leur bien. Tu mens car tu as perdu la vérité et tu ne t’en aperçois plus.
Marie :
Sortez Hina maintenant.
Paul :
La vérité est un luxe que l’amnésie m’a offert. Je ne mens jamais.
Hina :
Je sors Marie car je m’aperçois de ce qui a été perdu dans cet accident contre un arbre… Une mémoire bien précieuse en effet.
Marie :
Nous allons la retrouver, pas vrai monsieur Paul ?
Paul :
Sors Hina.
Hina :
Tu ne m’appelles jamais par mon prénom... (Ils se regardent. Elle a l’air grave) A plus tard Paul.
Elle sort.
Paul :
Elle n’a pas apprécié pour le prénom… Oh ! Puis, elle s’en remettra.
Il sourit à Marie.
Marie :
Bien. Et si nous parlions de celle que vous considérez comme votre femme.
Paul :
Celle que je considère comme ma femme… (Un temps) Vous voulez dire qu’elle n’est peut-être pas ma femme maritalement ?
Marie :
Je ne sais pas. C’est à vous de le déterminer.
Paul :
Ce que je sais, c’est que j’ai rendez-vous avec elle ce soir. Que ses yeux sont verts et que le soir, ils brillent comme des étoiles. Le matin, ils sont pleins de mystère et le jour, ils illuminent de joie. Ils sont verts les yeux de ma femme et ils m’enseignent la vie, le bonheur, la mort, la souffrance et le rire, à chaque instant. (Un temps) La vie est difficile et si facile grâce à elle. Elle me donne la folie de croire que tout peut recommencer et la raison d’espérer que cela peut s’arrêter pour renaître à chaque instant. C’est un ange qui m’a été envoyé, un démon qui m’a été offert… (Il se lève brusquement) Elle est jeune ! Je me souviens maintenant ! Elle est si jeune ! Elle a 20 ans de moins que moi ! Oui, 20 ans de moins que moi ! Et elle vient de fêter ses 21 ans. Oh, mon ange ! Je dois te retrouver ce soir ! Je dois te retrouver ce soir ou je vais mourir ! Marie, il faut m’aider à retrouver la mémoire !
Marie :
Asseyez-vous. Construire une vie prend du temps, vous ne pensez pas que la retrouver va revenir sans efforts. Asseyez-vous, voyons.
Paul s’assoit et regarde Marie.
Paul :
Vous dites des choses… C’est insultant de les voir sortir de votre bouche.
Marie :
Nous allons arrêter de parler de ce rendez-vous… (Paul s’approche de son visage) Cela provoque trop…
Paul :
Trop ?
Marie le repousse :
Trop de stress en vous.
Paul s’éloigne :
Ah.
Marie :
Parlons de votre fils, si vous voulez bien.
Paul soupire :
Bien sûr.
Marie se lève brusquement :
Un instant.
Paul :
Où allez-vous ?
Marie :
Voir où en est le Docteur. Je reviens.
Paul :
Je vous attend là.
Marie :
Paul… Vous êtes… (Elle fait un geste d’agacement des mains)
Elle sort.
Paul :
Oui, je sais. (Il soupire et pose sa main sur son front. Il se lève et retourne devant le miroir.) Où es-tu mon ange ? Au fond de mon âme et au fond de ma mémoire. Que m’arrivera-t-il si je n’arrive pas à te retrouver ? Je t’ai déjà fait tellement souffrir avec ma vie si simple et mes sentiments si compliqués. Tu es la pureté quand je suis la bête noire. Tu m’aimes, tu ne m’apprends rien et tu m’épates à chaque instant. Qui suis-je moi ? Homme de 20 ans ton aîné avec rien à t’offrir si ce n’est moi. Et tu m’aimes. Tu m’aimes. Mon cœur. Tu m’aimes, je le sais… Tu existes et je te retrouverai. Du fond de moi-même, je te le promets, je te retrouverai.
Marie entre.
Paul :
Vous m’avez pris un café ?
Marie :
Pardon ?
Paul :
Vous ne voudriez pas aller me chercher un café et une barre chocolatée ? Il doit bien avoir un distributeur quelque part dans cet hôpital… Assez pour vendre un semblant de vie soi disant édulcorée... (Il s’arrête sous le regard sceptique de Marie) Excuse-moi. Je dis des phrases étranges parfois. C’est le chic des parents…
Marie :
Je ne suis pas votre fille et encore moins votre hôtesse. Je suis ici pour m’occuper de votre maladie, l’amnésie aiguë.
Paul :
Ne devenez pas aigrie, ça ne va pas à une jeune fille comme vous.
Marie :
Est-ce qu’il y a marqué serveuse de Paul sur mon badge ? (Elle désigne son badge sur sa poitrine)
Paul avance son doigt :
Non, il y a…
Marie frappe son doigt :
N’y pensez même pas.
Paul :
Vous m’avez tenté, avouez-le.
`
Marie :
Et votre femme ?
Paul :
Je suis amnésique.
Marie :
Vous l’êtes quand ça vous arrange !
Paul :
Comme la plupart des sourds, je fais croire que je n’entends rien pour qu’on me foute la paix.
Marie :
L’amnésie est une maladie trop grave pour en rire.
Paul :
Je n’en ris pas, j’en joue !
Marie :
Vous pouvez toujours rêver pour votre café. (Elle s’assoit et regarde le dossier médical de Paul) Poursuivons, votre fils a treize ans.
Paul :
Et pourtant, combien aurai-je aimé retrouver l’odeur du café… Son odeur suave et envoûtante… A tel point que vous en perdez tous vos sens. Vous savez que cela fait partie de mon processus de guérison, retrouver les odeurs pour retrouver les souvenirs, c’est Proust que le dit !
Marie intriguée :
Vous sentez ?
Paul :
Je ne sens rien oui ! Comment voulez-vous que je sente si vous ne m’apportez pas mon café ?
Marie lui tend son poignet :
Sentez ! (Paul veut prendre son poignet dans sa main) J’ai dis « sentez » pas « touchez » !
Paul :
Alors approchez-le de mon nez ! Comment voulez-vous que je sente quoi que ce soit à cette distance-là ?
Marie soupire et approche son poignet. Paul inspire puis aborde un sourire béat.
Marie :
Alors ?
Paul :
J’adore votre parfum.
Marie :
Vous ne pouvez pas sentir !
Paul :
Mais puisque je vous dis que vous sentez bon.
Marie :
Mais non ! C’est marqué là ! Dans votre dossier ! Vous avez perdu votre odorat après un accident de plongée !
Paul :
Un accident de plongée ?
Marie :
Oui. En Polynésie. Et vous ne pouvez plus sentir !
Paul :
Pourtant, je vous assure, je sens votre parfum.
Marie :
Et que sent-il ?
Paul soupire :
Vous m’en posez de ces questions !
Marie :C’est pourtant simple !
Paul :
Simple ! Simple ! C’est la meilleure ! Vous avez déjà demandé à un homme ce qui avait changé dans votre coupe de cheveux en sortant de chez le coiffeur ?
Marie :
Oui.
Paul :
Et ?
Marie :
Ah… Oui, c’est vrai.
Paul :
Bien.
Marie :
Mais comment faire alors ?
Paul :
Quoi donc ?
Marie :
Mais vérifier que vous avez retrouvé votre odorat !
Paul :
J’ai mon odorat Marie, je vous assure. Je sens votre odeur comme je sens… L’odeur de ces draps blancs. Ils me disent tout de cet hôpital et de ses détergents… C’est une odeur destinée à tuer les bactéries. (Un temps) C’est l’odeur de la maladie et du radeau de la vie pour ceux qui doivent apprendre à survivre dans ces lits et dans ces draps. C’est une odeur forte, repoussante et rassurante. Je vous assure Marie, une telle odeur ne s’invente pas.
Marie :
Il faut vous faire des examens. Je vais les programmer. En attendant, il faut que vous vous souveniez.
Paul :
Il faut que je me souvienne…
Marie :
Alexandre, votre fils.
Paul :
Mon fils. Il a treize ans mon fils.
Marie :
Vous l’avez déjà dit ça.
Paul :
Il va à l’école.
Marie :
C’est normal à treize ans.
Paul :
Il travaille bien je crois.
Marie :
Vous croyez ?
Paul :
Il est raisonnable mon fils, comme sa mère.
Marie :Hélène ?
Paul :
Hélène, sa mère. Belle et raisonnable.
Marie :
Quoi d’autre ?
Paul :
Elle m’a tellement reproché.
Marie :
Reproché ?
Paul :
Je n’étais plus satisfait. Je voulais changer de vie, tout plaquer…
Marie :
Vous l’avez quitté ?
Paul :
Je l’ai trompé. Avec Hina, entre autres.
Marie :
Et ben dis donc. Vous êtes un sacré…
Paul :
Et j’ai trompé Hina aussi.
Marie :
Bien. Et si on parlait d’Alexandre plutôt ?
Paul :
Ce pas que je ne voulais pas, (Hina entre en silence) mais…
Marie :
Mais ?
Paul :
Elles ne supportent jamais mon individualisme égoïste. (Un temps) Ma liberté, ma mal humeur de vivre, mon optimisme forcené… Pour elles, je suis encore un enfant et je ne suis pas responsable. En vérité, je ne fais que regarder le monde à travers mes yeux d’enfants.
Marie :
Les hommes sont toujours de grands enfants.
Paul :
Je suis un adulte, Marie.
Hina :
Un enfant gâté, oui.
Marie :
Ah, vous êtes là ?
Paul ;
Qu’est-ce que je vous disais…
Marie :
On ne vous a pas appris à frapper avant d’entrer ?
Hina (à Paul) :
Je voudrais te parler.
Paul :
Que s’est-il passé exactement Hina ?
Hina :
Comment ça, que s’est-il passé ?
Paul :
Qu’ai-je fait pour ne plus t’aimer ?
Silence.
Hina :
Tu t’es lassé.
Paul :
Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu laissé me lasser ?
Hina :
Tu as toujours été très tendre et très aimant, mais tu t’es lassé… Comme je suis devenue déçue.
Paul :
Déçu ? Je t’ai déçu ?
Hina :
Je ne sais pas. Je ne sais plus.
Marie :
Comment un couple fait-il pour passer les épreuves du temps ?
Hina :
Vous voilà philosophe, vous ?
Marie :
C’est que Paul avec ces échecs amoureux me fait réfléchir. Je ne veux pas vivre ça…
Paul :
Hé… Je ne vous permets pas de…
Hina :
C’est une longue histoire.
Silence.
Paul :
Oui. Une longue histoire en somme.
Hina :
Une longue histoire, Paul. Mais elle n’était pas si compliquée que ça. Pas si compliquée que ça. (Un temps) Tu veux la vérité Paul ? Je profite de ta perte de mémoire pour te dire les mots que je n’ai jamais eu le temps ou le courage de te dire... À cause de notre histoire… Mais cette perte de mémoire est comme une nouvelle naissance pour toi. Tu dois tout apprendre et réapprendre de ce qu'était ta vie.
Paul :
Vas-y, je t’écoute.
Hina :
La vérité est que je ne t’ai jamais vraiment satisfaite et je ne sais pas si une femme pourra un jour le faire… Ce qui est malheureux pour toi, mon Paul, car tu sais être heureux mais tu te rends malheureux … Comme si tu avais peur de tout ce qu’on t’offre.
Paul :
Je ne suis pas sûr de bien te comprendre même si ce que tu me dis est aussi clair que du cristal.
Hina :
Paul, tu es un idéaliste. Tu as toujours été à la recherche de ton âme, persuadé qu’elle résidait dans le corps d’une femme.
Paul :
Je crois que l’âme est masculine et féminine. Elle se sépare de l’univers pour s’incarner dans un homme et une femme. Sur Terre, ils doivent se retrouver. Seuls ceux qui savent voir avec le cœur se retrouvent. Ceux qui ont cette chance là ne peuvent s’aimer pour la vie car l’amour qu’ils partagent est trop fort, trop pur, trop parfait pour être supporté par le corps humain. Soit ils se rencontrent jeunes et se séparent, soit ils se rencontrent tard et finissent leur chemin ensemble, soit…
Non, tu ne m’aimes pas. L’amnésie ne m’aura même pas donné cette illusion-là.
Paul :
Pardon ?
Hina :
Nous ne nous aimons plus depuis quelque temps... Certes, nous avons des hauts et des bas et la flamme repart de temps en temps... Ici et là. Mais je ne vais pas me mentir ou te mentir… Tu découvriras vite la vérité. Tu as toujours su être bon pour ça.
Paul :
Quelle vérité ?
Hina :
Que je t’aime tendrement. Que je t’ai toujours aimé tendrement. Que je t’ai été infidèle comme tu me l’as été. Tu as besoin d’aller voir ailleurs. Mais là où je te reste fidèle en amour, tu ne me portes plus dans ton cœur car tu es tel au vent… Tu souffles puis tu t’arrêtes car tu ne sais pas rester à un seul endroit longtemps.
Paul :
Il y a pourtant des endroits au monde où le vent souffle sans jamais s’arrêter… Regarde en Patagonie.
Hina :
Je ne t’ai jamais entendu dire ça avant.
Paul :
C’est que… C’est que ce n’est pas moi qui le dit. Quelqu’un d’autre vient de parler pour moi. Quelqu’un d’autre que je connais… Comme mon âme.
Hina :
Je m’en vais. J’en ai suffisamment entendu.
Marie :
Non, restez !
Hina :
Ne voyez-vous pas qui il est !
Marie :
Vous devez m’aider à remplir le formulaire.
Hina :
Je n’en ai fichtre faire de votre formulaire.
Paul :
J’ai mal à la tête.
Marie :
Venez, asseyons-nous. (Elle s’assoit et invite Hina et Paul à s’asseoir près d’elle) Nous allons remplir votre questionnaire médical ensemble pour vous aider (à Paul) à retrouver votre mémoire, (à Hina) et vous, votre calme. D’accord ?
Ils soupirent et s’assoient tous les deux autour de Marie.
Marie :
Nom ?
Hina :
Jacques.
Marie (à Paul) :
Prénom ?
Paul :
Paul.
Marie :
Situation maritale ?
Hina :
Célibataire.
Paul :
Divorcé ?
Hina (à Marie) :
Paul ne s’est jamais marié. Et ne vous avisez pas d’aborder le sujet avec lui…
Paul :
Je ne suis pas marié ?
Hina :
Non.
Paul :
Pourtant, j’ai l’impression d’être marié.
Hina :
Tu n’es pas marié Paul. Tu as toujours refusé de te marier et faire vœu de fidélité.
Paul :
Ah bon ? Pourtant…
Marie :
Pourtant ?
Paul :
Je suis marié. J’en ai la certitude.
Marie :
Se pourrait-il que Paul soit marié et que vous ne soyez pas au courant Hina ?
Silence. Hina se lève en soupirant.
Hina :
Oui... Oui. C’est possible. Tout est possible avec Paul… Mais le mariage, c’est bien quelque chose qui me paraît inconcevable… Enfin. (Elle lève les mains au ciel)
Silence.
Marie :
Nous allons faire un test. Très simple. Répondez par « oui » ou par « non ». Prenez votre temps.
Paul :
Très bien. Allons-y Marie.
Marie :
Avez-vous rendez-vous aujourd’hui ?
Paul :
Oui. Il est d’une importance vitale.
Marie :
Paul !
Paul :
Ah… Excusez-moi Marie.
Marie :
Restez concentré. (Un temps) Avez-vous rendez-vous ce soir ?
Paul :
Oui.
Marie :
Avez-vous une femme ?
Paul :
Oui.
Marie :
Avez-vous rendez-vous avec votre femme ?
Paul (un temps) :
Oui Marie, j’ai rendez-vous avec ma femme. Vous avez tout juste. (A Hina) J’ai rendez-vous avec ma femme.
Hina veut sortir.
Marie :
Avez-vous des enfants avec Paul, Hina ?
Hina s’arrête.
Hina :
Je voudrais sortir maintenant.
Paul :
Oui. (Il regarde Hina) Je me souviens maintenant. Nous avons une petite fille tous les deux.
Silence.
Hina :
Oui. Elle a cinq ans.
Paul :
Oui. Son prénom évoque les fleurs et les îles de Polynésie… Car je viens de Polynésie et toi aussi.
Hina :
Paul a grandi en Polynésie pendant son adolescence. Il s’estime Polynésien.
Paul :
Et Egyptien !
Hina :
Pardon ?
Paul :
Oui, Egyptien ! Je n’ai pas un attachement avec l’Egypte ?
Hina :
Ah ! Aucun ! Tu y es allé avec ton fils et tes parents, mais c’était en vacances. (Un temps) Ta fille s’appelle Tiaré, Paul.
Paul :
Oui. Tiaré. Et Alexandre, mon fils. Comme je les aime. Ils vont venir ?
Hina :
Je ne sais pas. Je n’ai pas encore eu Hélène au téléphone.
Paul :
Hélène est ma première femme et Alexandre a treize ans. Je l’aime et j’en suis fier. Vous pouvez le noter Marie, les choses vraiment importantes ne sont jamais écrites dans les dossiers administratifs. C’est pourtant cela qui fait la vie.
Marie :
Je le note, Paul mais c’est parce que cela fait partie de votre dossier.
Paul :
Bien. Vous êtes une bonne infirmière. Je vous rembaucherai.
Marie :
Oui… Sauf que j’aurai dû être pâtissière.
Paul :
Pâtissière ? Mais quelle idée. (Il prend ses mains dans les siennes) Pâtissière, quel outrage ? Vous auriez brûlé vos mains… Si fines. Ah non Marie, vous êtes infirmière. Très douée comme infirmière.
Marie :
Arrêtez, vous allez me faire rougir.
Hina :
Je m’en vais.
Marie se lève :
Restez Hina.
Paul se lève :
Restez Hina.
Hina :
Pourquoi rester quand il est prêt à vous manger comme son quatre heures ?
Paul :
Je ne veux pas manger Marie. Je suis marié.
Hina :
Laissez-moi sortir, son amnésie me fatigue.
Marie acquiesce.
Paul (à Hina):
Embrasse-moi car je t’aime et je te respecte. Tu es la mère de ma fille et celle qui m’aide à passer le quotidien.
Hina :
Certes. Tu as toujours su faire des phrases qui veulent tout et rien dire. Des phrases creuses et pleines de cette vérité que tu ne caches jamais… Même si cela doit me faire souffrir. Ah non… Tu ne caches jamais rien, surtout si cela peut me faire souffrir. C’est pour ça que tu ne peux pas être marié.
Paul :
Je ne cherche pas à te faire souffrir.
Hina ;
Tu sais bien que tu le fais au quotidien.
Paul :
L’amour est souffrance.
Hina (à Marie) :
C’est son credo ça… (A Paul) Avec celui-là, « amour égal liberté », c’est pour ça que tu ne peux pas être marié.
Paul :
Touché. Tu as probablement raison. Je ne sais pas.
Silence.
Marie :
Sortez Hina.
Hina :
Tu sais mais tu mens.
Marie :
Il faut sortir Hina.
Paul :
Je ne me souviens pas.
Hina :
Ta mémoire a des trous arrangés, cousus sur-mesure… A ta mesure.
Marie :
Il faut que j’interroge Paul.
Paul :
Je ne me souviens pas.
Hina :
Pourquoi mentir ? Pourquoi jouer ?
Marie :
Hina, s’il vous plaît. Croyez-moi… Il faut sortir.
Paul :
Si je jouais, je jouerai avec ma vie et si je mentais, je mentirai à mes enfants. On ne peut pas leur mentir.
Hina :
Tout les parents le font, pour leur bien. Tu mens car tu as perdu la vérité et tu ne t’en aperçois plus.
Marie :
Sortez Hina maintenant.
Paul :
La vérité est un luxe que l’amnésie m’a offert. Je ne mens jamais.
Hina :
Je sors Marie car je m’aperçois de ce qui a été perdu dans cet accident contre un arbre… Une mémoire bien précieuse en effet.
Marie :
Nous allons la retrouver, pas vrai monsieur Paul ?
Paul :
Sors Hina.
Hina :
Tu ne m’appelles jamais par mon prénom... (Ils se regardent. Elle a l’air grave) A plus tard Paul.
Elle sort.
Paul :
Elle n’a pas apprécié pour le prénom… Oh ! Puis, elle s’en remettra.
Il sourit à Marie.
Marie :
Bien. Et si nous parlions de celle que vous considérez comme votre femme.
Paul :
Celle que je considère comme ma femme… (Un temps) Vous voulez dire qu’elle n’est peut-être pas ma femme maritalement ?
Marie :
Je ne sais pas. C’est à vous de le déterminer.
Paul :
Ce que je sais, c’est que j’ai rendez-vous avec elle ce soir. Que ses yeux sont verts et que le soir, ils brillent comme des étoiles. Le matin, ils sont pleins de mystère et le jour, ils illuminent de joie. Ils sont verts les yeux de ma femme et ils m’enseignent la vie, le bonheur, la mort, la souffrance et le rire, à chaque instant. (Un temps) La vie est difficile et si facile grâce à elle. Elle me donne la folie de croire que tout peut recommencer et la raison d’espérer que cela peut s’arrêter pour renaître à chaque instant. C’est un ange qui m’a été envoyé, un démon qui m’a été offert… (Il se lève brusquement) Elle est jeune ! Je me souviens maintenant ! Elle est si jeune ! Elle a 20 ans de moins que moi ! Oui, 20 ans de moins que moi ! Et elle vient de fêter ses 21 ans. Oh, mon ange ! Je dois te retrouver ce soir ! Je dois te retrouver ce soir ou je vais mourir ! Marie, il faut m’aider à retrouver la mémoire !
Marie :
Asseyez-vous. Construire une vie prend du temps, vous ne pensez pas que la retrouver va revenir sans efforts. Asseyez-vous, voyons.
Paul s’assoit et regarde Marie.
Paul :
Vous dites des choses… C’est insultant de les voir sortir de votre bouche.
Marie :
Nous allons arrêter de parler de ce rendez-vous… (Paul s’approche de son visage) Cela provoque trop…
Paul :
Trop ?
Marie le repousse :
Trop de stress en vous.
Paul s’éloigne :
Ah.
Marie :
Parlons de votre fils, si vous voulez bien.
Paul soupire :
Bien sûr.
Marie se lève brusquement :
Un instant.
Paul :
Où allez-vous ?
Marie :
Voir où en est le Docteur. Je reviens.
Paul :
Je vous attend là.
Marie :
Paul… Vous êtes… (Elle fait un geste d’agacement des mains)
Elle sort.
Paul :
Oui, je sais. (Il soupire et pose sa main sur son front. Il se lève et retourne devant le miroir.) Où es-tu mon ange ? Au fond de mon âme et au fond de ma mémoire. Que m’arrivera-t-il si je n’arrive pas à te retrouver ? Je t’ai déjà fait tellement souffrir avec ma vie si simple et mes sentiments si compliqués. Tu es la pureté quand je suis la bête noire. Tu m’aimes, tu ne m’apprends rien et tu m’épates à chaque instant. Qui suis-je moi ? Homme de 20 ans ton aîné avec rien à t’offrir si ce n’est moi. Et tu m’aimes. Tu m’aimes. Mon cœur. Tu m’aimes, je le sais… Tu existes et je te retrouverai. Du fond de moi-même, je te le promets, je te retrouverai.
Marie entre.
Paul :
Vous m’avez pris un café ?
Marie :
Pardon ?
Paul :
Vous ne voudriez pas aller me chercher un café et une barre chocolatée ? Il doit bien avoir un distributeur quelque part dans cet hôpital… Assez pour vendre un semblant de vie soi disant édulcorée... (Il s’arrête sous le regard sceptique de Marie) Excuse-moi. Je dis des phrases étranges parfois. C’est le chic des parents…
Marie :
Je ne suis pas votre fille et encore moins votre hôtesse. Je suis ici pour m’occuper de votre maladie, l’amnésie aiguë.
Paul :
Ne devenez pas aigrie, ça ne va pas à une jeune fille comme vous.
Marie :
Est-ce qu’il y a marqué serveuse de Paul sur mon badge ? (Elle désigne son badge sur sa poitrine)
Paul avance son doigt :
Non, il y a…
Marie frappe son doigt :
N’y pensez même pas.
Paul :
Vous m’avez tenté, avouez-le.
`
Marie :
Et votre femme ?
Paul :
Je suis amnésique.
Marie :
Vous l’êtes quand ça vous arrange !
Paul :
Comme la plupart des sourds, je fais croire que je n’entends rien pour qu’on me foute la paix.
Marie :
L’amnésie est une maladie trop grave pour en rire.
Paul :
Je n’en ris pas, j’en joue !
Marie :
Vous pouvez toujours rêver pour votre café. (Elle s’assoit et regarde le dossier médical de Paul) Poursuivons, votre fils a treize ans.
Paul :
Et pourtant, combien aurai-je aimé retrouver l’odeur du café… Son odeur suave et envoûtante… A tel point que vous en perdez tous vos sens. Vous savez que cela fait partie de mon processus de guérison, retrouver les odeurs pour retrouver les souvenirs, c’est Proust que le dit !
Marie intriguée :
Vous sentez ?
Paul :
Je ne sens rien oui ! Comment voulez-vous que je sente si vous ne m’apportez pas mon café ?
Marie lui tend son poignet :
Sentez ! (Paul veut prendre son poignet dans sa main) J’ai dis « sentez » pas « touchez » !
Paul :
Alors approchez-le de mon nez ! Comment voulez-vous que je sente quoi que ce soit à cette distance-là ?
Marie soupire et approche son poignet. Paul inspire puis aborde un sourire béat.
Marie :
Alors ?
Paul :
J’adore votre parfum.
Marie :
Vous ne pouvez pas sentir !
Paul :
Mais puisque je vous dis que vous sentez bon.
Marie :
Mais non ! C’est marqué là ! Dans votre dossier ! Vous avez perdu votre odorat après un accident de plongée !
Paul :
Un accident de plongée ?
Marie :
Oui. En Polynésie. Et vous ne pouvez plus sentir !
Paul :
Pourtant, je vous assure, je sens votre parfum.
Marie :
Et que sent-il ?
Paul soupire :
Vous m’en posez de ces questions !
Marie :C’est pourtant simple !
Paul :
Simple ! Simple ! C’est la meilleure ! Vous avez déjà demandé à un homme ce qui avait changé dans votre coupe de cheveux en sortant de chez le coiffeur ?
Marie :
Oui.
Paul :
Et ?
Marie :
Ah… Oui, c’est vrai.
Paul :
Bien.
Marie :
Mais comment faire alors ?
Paul :
Quoi donc ?
Marie :
Mais vérifier que vous avez retrouvé votre odorat !
Paul :
J’ai mon odorat Marie, je vous assure. Je sens votre odeur comme je sens… L’odeur de ces draps blancs. Ils me disent tout de cet hôpital et de ses détergents… C’est une odeur destinée à tuer les bactéries. (Un temps) C’est l’odeur de la maladie et du radeau de la vie pour ceux qui doivent apprendre à survivre dans ces lits et dans ces draps. C’est une odeur forte, repoussante et rassurante. Je vous assure Marie, une telle odeur ne s’invente pas.
Marie :
Il faut vous faire des examens. Je vais les programmer. En attendant, il faut que vous vous souveniez.
Paul :
Il faut que je me souvienne…
Marie :
Alexandre, votre fils.
Paul :
Mon fils. Il a treize ans mon fils.
Marie :
Vous l’avez déjà dit ça.
Paul :
Il va à l’école.
Marie :
C’est normal à treize ans.
Paul :
Il travaille bien je crois.
Marie :
Vous croyez ?
Paul :
Il est raisonnable mon fils, comme sa mère.
Marie :Hélène ?
Paul :
Hélène, sa mère. Belle et raisonnable.
Marie :
Quoi d’autre ?
Paul :
Elle m’a tellement reproché.
Marie :
Reproché ?
Paul :
Je n’étais plus satisfait. Je voulais changer de vie, tout plaquer…
Marie :
Vous l’avez quitté ?
Paul :
Je l’ai trompé. Avec Hina, entre autres.
Marie :
Et ben dis donc. Vous êtes un sacré…
Paul :
Et j’ai trompé Hina aussi.
Marie :
Bien. Et si on parlait d’Alexandre plutôt ?
Paul :
Ce pas que je ne voulais pas, (Hina entre en silence) mais…
Marie :
Mais ?
Paul :
Elles ne supportent jamais mon individualisme égoïste. (Un temps) Ma liberté, ma mal humeur de vivre, mon optimisme forcené… Pour elles, je suis encore un enfant et je ne suis pas responsable. En vérité, je ne fais que regarder le monde à travers mes yeux d’enfants.
Marie :
Les hommes sont toujours de grands enfants.
Paul :
Je suis un adulte, Marie.
Hina :
Un enfant gâté, oui.
Marie :
Ah, vous êtes là ?
Paul ;
Qu’est-ce que je vous disais…
Marie :
On ne vous a pas appris à frapper avant d’entrer ?
Hina (à Paul) :
Je voudrais te parler.
Paul :
Que s’est-il passé exactement Hina ?
Hina :
Comment ça, que s’est-il passé ?
Paul :
Qu’ai-je fait pour ne plus t’aimer ?
Silence.
Hina :
Tu t’es lassé.
Paul :
Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu laissé me lasser ?
Hina :
Tu as toujours été très tendre et très aimant, mais tu t’es lassé… Comme je suis devenue déçue.
Paul :
Déçu ? Je t’ai déçu ?
Hina :
Je ne sais pas. Je ne sais plus.
Marie :
Comment un couple fait-il pour passer les épreuves du temps ?
Hina :
Vous voilà philosophe, vous ?
Marie :
C’est que Paul avec ces échecs amoureux me fait réfléchir. Je ne veux pas vivre ça…
Paul :
Hé… Je ne vous permets pas de…
Hina :
C’est une longue histoire.
Silence.
Paul :
Oui. Une longue histoire en somme.
Hina :
Une longue histoire, Paul. Mais elle n’était pas si compliquée que ça. Pas si compliquée que ça. (Un temps) Tu veux la vérité Paul ? Je profite de ta perte de mémoire pour te dire les mots que je n’ai jamais eu le temps ou le courage de te dire... À cause de notre histoire… Mais cette perte de mémoire est comme une nouvelle naissance pour toi. Tu dois tout apprendre et réapprendre de ce qu'était ta vie.
Paul :
Vas-y, je t’écoute.
Hina :
La vérité est que je ne t’ai jamais vraiment satisfaite et je ne sais pas si une femme pourra un jour le faire… Ce qui est malheureux pour toi, mon Paul, car tu sais être heureux mais tu te rends malheureux … Comme si tu avais peur de tout ce qu’on t’offre.
Paul :
Je ne suis pas sûr de bien te comprendre même si ce que tu me dis est aussi clair que du cristal.
Hina :
Paul, tu es un idéaliste. Tu as toujours été à la recherche de ton âme, persuadé qu’elle résidait dans le corps d’une femme.
Paul :
Je crois que l’âme est masculine et féminine. Elle se sépare de l’univers pour s’incarner dans un homme et une femme. Sur Terre, ils doivent se retrouver. Seuls ceux qui savent voir avec le cœur se retrouvent. Ceux qui ont cette chance là ne peuvent s’aimer pour la vie car l’amour qu’ils partagent est trop fort, trop pur, trop parfait pour être supporté par le corps humain. Soit ils se rencontrent jeunes et se séparent, soit ils se rencontrent tard et finissent leur chemin ensemble, soit…