Chronique d'un monde effervescent, se moquant des mondanités, où Temple se fait reporter de sa propre vie, Beaucoup de jours n'est un journal qu'en apparence. Les années se suivent et se mélangent, puisque la mémoire se moque des calendriers. Les repères temporels ne sont pas les années qui cadrent le texte, mais bien les totems d'auteurs et d'amis qui jalonnent notre route. « Faux journal », alors, comme l'indique le sous-titre, mais aussi faux roman, faux récit, puisque l'histoire n'est autre que la vie de Temple, et de son univers. Et pourtant, l'auteur lui-même est en retrait, discret, presque absent de sa propre autobiographie. Ce n'est que vers la fin de ce livre, que Temple pourrait se définir, comme une présence entourée d'absences. « Ouvrons nos souvenirs, que de tombeaux », indique l'auteur en citant Flaubert. Ce sont ses amis perdus, mais aussi ses lieux perdus (comme l'hôtel Cécil ou le littoral languedocien), que cet ultime effort de la mémoire fait rejaillir comme autant de phénix, pressés entre deux feuilles de papier buvard, entre deux silences, gardant leur couleur pour l'éternité.