"Le gigolo par amour" de Céline Hervé-Bazin (acte I)

Acte I
Appartement avec un grand salon cuisine (bar avec deux tabourets) et un canapé-lit. Des affaires en désordre, de la vaisselle ainsi que de la nourriture, jonchent le sol.

Scène 1
On entend des clés tourner. La porte s’ouvre brutalement. Entre Jacques décoiffé, la chemise hors de son pantalon, une trace de rouge sur sa joue, une bouteille à la main.

Jacques
You can ring my bell… Ring my bell. (Il danse) Yes, yes… Danse contre moi, baby, I’m gonna be yours tonight. (Il lèche un visage imaginaire) Oh, I like your skin, Tiger. (Il danse) I’m the man here… Yeah. (Il claque la porte et pose la bouteille à terre. Il allume sa chaîne.) Come baby (Musique de Sex Bomb. Jacques commence un strip-tease en rythme avec la musique. Il chante en même temps que Tom Jones. Il termine en caleçon. La musique diminue.) Yeah you’re me sex bomb (Il dessine les courbes d’une femme imaginaire) Mmmm. You’re my sex bomb. Sex is my religion. (Il s’étale sur son canapé)

La sonnette retentit.

Jacques crie
Mais qui ose me déranger à cette heure de la nuit ? (Il regarde sa montre) Ah, il est 10h.

Marie-Christine
Jacques-Henri, ouvrez, c’est moi, votre mère. Et je vous interdis de ne pas m’ouvrir.

Jacques
Ma mère. C’est ça. Je dois cauchemarder.

Il se rendort. Marie-Christine frappe énergiquement contre la porte.

Marie-Christine
Jacques-Henri Tiley de la Volière, Chevalier des écuries de St Gervain, réveillez-vous où je vous fais avaler trois cuillérées d’huile de foie, vous m’en direz des nouvelles.

Jacques se lève précipitamment
Mais c’est qu’elle est vraiment là, la morue. (Il ramasse son pantalon et s’habille en avançant vers la porte) Ca va, calmez-vous. J’arrive. Vous n’allez pas réveiller tout l’immeuble, surveillez vos manières.

Marie-Christine
Il est 10h passé Jacques-Henri, toute personne qui se respecte est réveillée depuis longtemps ou n’est pas digne de ma compagnie.

Jacques continuant de s’habiller et rangeant l’appartement en même temps
(À lui-même) C’est ça. Cause toujours, tu m’intéresses. (À Marie-Christine) Et arrêtez de m’appeler Jacques-Henri ! Plus personne ne m’appelle plus comme ça depuis des années.

Marie-Christine
Jacques-Henri, je suis votre mère, celle qui vous a mise au monde et qui a choisi ce magnifique prénom pour vous. Je n’ai pas l’intention de le tronquer grossièrement comme vous le faites.

Jacques
Comme vous voudrez. Mais au moins ne le criez pas sur les toits, j’ai ma réputation à tenir ici.

Marie-Christine crie
Bonjour à tous. Je vous signale que mon fils, votre voisin, ne s’appelle pas Jacques Tiley mais Jacques-Henri Tiley de la Volière. Et il laisse sa pauvre mère attendre sur le palier de la porte en râlant. Jacques-Henri, oui. Jacques comme son grand-père et Henri comme Henri IV, le Roi qui a fait de nous, une des plus prestigieuses noblesses de son époque. Vous avez bien entendu ? Jacques-Henri (Jacques ouvre la porte. Marie-Christine est en train de crier dans le couloir) Hm. Bien. Bonjour mon fils. (Elle se tourne vers le couloir) Jacques-Henri !
Jacques soupire et laisse sa mère entrer.

Jacques
Ça va mieux ?

Marie-Christine
Oui. (Elle réajuste sa veste) Je crois qu’ils ont compris.

Jacques
En tout cas, s’ils ne vous accusent pas de tapages diurnes, c’est que Dieu est avec vous.

Marie-Christine
Dieu est toujours avec moi, je suis une bonne Chrétienne. Contrairement à l’âme pécheresse qui gravite ici. (Elle tape dans la bouteille. Elle soupire et ramasse la bouteille qu’elle tend à son fils) C’est à vous peut-être ?

Jacques
C’est à la pécheresse qui habite à côté de chez moi et qui l’a caché ici car elle a une visite surprise de sa gonflante de mère à 6h du matin.

Marie-Christine
Vous n’êtes pas le plus à plaindre.

Jacques
Je mettrai ma main à couper que vous étiez ici à 6h du mat que vous m’avez attendu dans le café en face.

Marie-Christine
Et je vous ai vu rentrer dans vos guenilles qui vous servent de vêtements, j’avais honte d’être votre mère. (Un temps) Et on dit à 6h du matin, l’heure à laquelle toute personne normalement constituée devrait se lever pour pleinement construire l’œuvre de Dieu et de ses anges sur Terre.

Jacques
Vous voulez un café ?

Marie-Christine
Non merci, j’en ai déjà eu 4 en vous attendant.

Jacques
Droguée en plus. Faites attention, c’est mauvais pour votre tension.

Marie-Christine
Je n’ai pas d’ordre à recevoir d’un jeune homme qui rentre à moitié nu à 10 heures du matin d’on ne sait quel night-club dégradant et mal fréquenté… Avez-vous conscience que vous me déshonorez tous les jours que Dieu fait avec cette conduite indigne du rang de notre famille.

Jacques
Et c’est reparti pour le complexe de la mère juive.

Marie-Christine
Ne me compare pas avec cette race-là. Vous savez combien je déteste ça !

Jacques
Quoi ? Les juifs ou la comparaison ?

Marie-Christine
Oh ! Vous êtes vraiment un rustre. Je me demande parfois si vous êtes bien mon fils.

Jacques
Plus de Jacques-Henri de la Volière qui tienne, pas vrai ?
Marie-Christine s’assoit sur le divan et éclate en sanglots
Mais qu’ai-je fait, mon Dieu ? Qu’ai-je fait pour mériter ça Seigneur ? (Elle s’agenouille implorante) Dis-moi quel est mon pêché Seigneur et j’avouerai tout ! Je ne mérite pas ça ! Seigneur ! Entends ma prière, je t’en supplie. (Elle regarde Jacques en biais qui ne réagit pas) Regarde-le ! Regarde-le se conduire avec moi ! Seigneur, je t’en prie. Écoute ma prière. Purifie son âme maléfique qui est tombée dans les mains du démon. C’est une brebis égarée qui a besoin de répondre à ton appel. Je t’en prie, Seigneur, je donnerai tout pour retrouver un fils digne qui me rende fière.

Elle s’étale contre le sol en position de prosternation.

Jacques
Arrêtez, on va croire que vous êtes musulmane.

Marie-Christine se relève
Tu es vraiment infâme.

Jacques
Tiens, finis le gros chagrin. Ça s’en va et ça revient, c’est fait de tout petit rien, ça se danse et ça se chante comme une chanson populaire… L’appel de misère de ma pauvre lunatique et complètement folle de MERE !

Marie-Christine
Jacques-Henri, je vous interdis de me parler comme ça ! Si votre père était là, il vous apprendrait à respecter votre mère !

Jacques
Il se marrait encore de vos facéties qu’il connaît trop bien. Depuis le temps qu’il vous supporte, c’est lui le Saint homme !

Marie-Christine
Jacques-Henri ! Je ne vous permets pas de douter de l’amour que votre père me porte. Vous n’avez pas à être jaloux, c’est votre père.

Jacques
Mais c’est pas vrai ! Voilà qu’elle me ressort le complexe d’Œdipe. Ne vous en faites maman, j’ai dépassé depuis longtemps le stade de l’enfant amoureux de sa mère… Je me demande si je l’ai jamais été étant donné l’amour qu’inspire votre corps et votre personnalité.

Marie-Christine s’avance et gifle Jacques
Petit impertinent.

Jacques
Hé ! Je vous interdis de me gifler.

Marie-Christine
Je suis votre mère, il est de mon devoir de vous corriger. (Elle le gifle une seconde fois) Tiens pour toi.

Jacques
Marie-Christine de la Volière qui fait son cirque et qui nous ennuie avec ses principes de coincée en Cyrillus, j’ai 30 ans ! Tes leçons de vie, je m’assois dessus !

Marie-Christine
Oh ! Outrage. Infamie. Oh ! Mais qu’ai-je fait…

On sonne.

Jacques
Je vous préviens, si c’est les flics, je leur demande de vous faire enfermer ! Et très vite, vous êtes un danger pour l’humanité ! Parole !

Marie-Christine
Hm. Ouvrez, vous verrez ! Vous allez voir qui va se FAIRE enfermer !

Jacques
C’est qui ?

Marie-Christine
Ouvrez et soyez respectueux, pour une fois dans votre vie… Peut-être que Dieu vous accordera le pardon et vous aurez la rédemption. (Elle ouvre ses bras) Dieu est grand, il peut encore exaucer ce vœu pieux que je prononce.

Jacques
Elle est folle. Je mérite vraiment pas ça, NON PLUS !

Marie-Christine
Au moins, nous sommes d’accord sur ce point-là.

Jacques soupire et ouvre la porte.

Scène 2

Sœur Marguerite se tient sur le pas de la porte. Elle montre une croix et entre. Elle l’avance sur le visage de Jacques qui recule. Elle ferme la porte.

Sœur Marguerite
Notre père qui est aux cieux. Bénis cet enfant. Pardonne-lui ses pêchés. Accordes-lui ton pardon, cette brebis égarée a besoin de ton amour. Pardonne-lui mon père, son âme s’est égarée. Prends pitié de lui. Prends pitié et bénis cette âme qui t’attend. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. (Elle termine un signe de croix) Amen. (Elle se tourne vers Marie-Christine) Marie-Christine, mon enfant, vous voilà.

Marie-Christine
Sœur Marguerite. Bonjour. (Elles s’embrassent) Cela me fait tellement plaisir de vous voir. Vous arrivez à point nommé en réalité ; il commençait à devenir violent.

Sœur Marguerite et Jacques
Violent ?

Jacques
Même pas vrai, ma sœur, c’est elle qui m’a giflé la première.

Sœur Marguerite
On ne dit pas « elle » en parlant de sa mère.

Jacques
Mais c’est elle qui a commencé.

Sœur Marguerite
Et on ne discute pas son tort quand on est aussi effronté que vous !

Jacques
Mais…

Sœur Marguerite
Il n’y a pas de « mais » qui tiennent Jacques-Henri.

Jacques
Ah non… Vous n’allez pas vous y mettre aussi.

Sœur Marguerite (pointe sa croix)
Jacques-Henri, repentissez-vous et vous serez pardonné. Il est encore temps mon garçon, demandez pardon à votre mère et nous oublierons votre infâme conduite avant de vous mener à l’autel.

Jacques
À l’hôtel ? Ma sœur, je vous croyais mariée au Seigneur Jésus. Je ne suis pas un peu jeune pour vous ?

Marie-Christine
Honte sur moi. (Elle s’agenouille devant Sœur Marguerite) Pardonnez-lui Sœur Marguerite, il n’a pas toute sa tête, il a dû boire hier.

Sœur Marguerite
Je vois. Il est temps d’avoir recours aux grands moyens. (Elle sort un bâton de fer de son habit avec un trident au bout et le place sous le cou de Jacques) Demande pardon pécheur, je t’écoute. Il est encore temps. (Elle fait signe à Marie-Christine de se relever. Cette dernière s’exécute et s’approche de Jacques) Confesse-toi devant ta mère et la sœur qui t’ont élevé et nous pourrons te marier avec l’once de dignité que ton sang fou n’a pas encore pourri.


Jacques recule
Oh non… Vous ne me refaites pas le coup de mariage avant la fin de la journée ? (À Marie-Christine) Je croyais qu’on avait dit plus de sujet de mariage ?

Marie-Christine
C’était avant que la mère de Jean-Eudes de Motemorancy vienne me narguer avec le mariage de son fils.

Jacques
En quoi cela me concerne-t-il ?

Sœur Marguerite
Tais-toi vilain !

Marie-Christine
C’était avant que vous déshonoriez Claire Eugénie de Victoire Sainte-Beuve.

Jacques
Déshonorer ? Mais on est plus au Moyen-Âge…

Sœur Marguerite
Tu avoues manant !

Marie-Christine
C’était avant que je ne prenne le pari de te marier avant dimanche !

Jacques
Vous déconnez ?

Sœur Marguerite
Surveille ton langage, excrément !

Marie-Christine le poing levé
Et foi de Marie-Christine Tiley de la Volière née Joysian de Trémouillère, sainte mère du Chevalier des écuries de St Gervain, je gagnerai mon pari.

Sœur Marguerite à Jacques
Il y a une bouteille de Chanel n°5 à gagner, une trousse de maquillage Dior avec le dernier lait contre la cellulite et un kit vital jeune de chez Esthée Lauder.

Marie-Christine triomphante
Et le dernier foulard Hermès !

Jacques
Mais vous êtes malade !

Sœur Marguerite s’avance la croix sur le visage de Jacques
Il avoue !

Jacques qui recule
Hé ! Mollo, je n’avoue rien du tout. Claire Eugénie de je roule mon cul comme une aguicheuse du 16ème arrondissement, elle est même pas baisable avec ses pois chiches à la place des seins !

Marie-Christine
Oh ! Mais ne dites pas que c’est mon fils qui vient de prononcer ces mots outrageux et vulgaires. Devant moi en plus.




Sœur Marguerite
C’est bien lui, j’en ai bien peur. (Elle pointe le trident sous le menton et sort un pic qu’elle pointe sur le ventre de Jacques) Qui es-tu, démon, pour oser parler de la sorte de la gent féminine devant ta mère et devant moi, la Sainte sœur qui t’a élevé ?

Jacques recule et s’arrête contre le mur. Il lève les bras.

Jacques
Calmez-vous ma sœur. Je vous promets que je n’ai pas touché un cheveu de Claire Eugénie. Pas un seul. C’est Gustave qui a conclu avec elle, moi je n’ai rien fait. Je ne sais pas d’où vous tenez cette information…

Sœur Marguerite
Mettrais-tu en doute notre source d’information ?

Jacques
Je ne mets rien en doute… Je vous rappelle juste que Claire Eugénie est issue d’une famille qui est en faillite et que notre richesse l’attire avant tout. (Sœur Marguerite relâche son insistance) N’oubliez pas qu’elle veut se faire épouser par le premier célibataire aisé qui passe.

Sœur Marguerite baisse ses armes. Jacques soupire et baisse les bras.

Sœur Marguerite
Il a raison. Je l’ai vu à l’œuvre, la Claire Eugénie. Elle a essayé avec Paul-Edouard le mois dernier.

Jacques
Vous voyez… Une vraie pute.

Sœur Marguerite reprend ses armes.

Sœur Marguerite
Cela ne vous exempt pas de votre faute. Et je vous interdis de parler d’une femme de cette façon.

Marie-Christine s’assoit sur le divan
Qui pourrait convenir ? Il faut absolument le marier avant ce soir…

Jacques
Avant ce soir ? Mais vous êtes folle ma parole ! (Sœur Marguerite le menace) Ah Merde… (Il lève les bras) Je n’ai rien dis. Je n’ai rien dis. Je rigolais… Tout ce que vous voudrez ma mère, ma sœur et mon Père là-haut qui me regarde.

Sœur Marguerite
Le voilà qui retrouve le chemin de la raison… Le bon garçon. (Elle range ses armes dans son habit) Il faut dire qu’il serait temps ou vous deux enfants illégitimes ne connaîtront jamais le paradis. Il serait temps de devenir un père digne pour eux.

Jacques
Sœur Marguerite, laissez Théo et Morgane hors de ça. Leurs mères s’occupent très bien de leur rédemption.

Marie-Christine
Mais qu’ai-je fait ? Qu’ai-je fait pour mériter ça Seigneur ? Ces deux enfants qui portent des prénoms de foire tout droit sortis des séries américaines… Mon Dieu, pardonnez-lui.

Jacques
Ce sont leurs mères qui ont choisi et il s’agit de vos petits-enfants, ils portent VOTRE nom de famille.

Marie-Christine
Théo Tiley-Leclerc et Morgane Tiley-Masterni… Je n’entends pas là, mon nom de famille.

Jacques
La discussion est close. Laissez-les hors de cette conversation.

Marie-Christine
Soit. Qu’il en soit ainsi. (Elle se lève) Maintenant mon fils, tu vas parler.

Sœur Marguerite sort brusquement ses armes et le plaque en le menaçant.

Sœur Marguerite
Expie tes offenses et tu connaîtras le nom de ta promise.

Jacques
Le nom de ma promise ? Mais quelle promise ?

Marie-Christine s’approche
Celle qui vous épouserez ce soir. Mais avant la cérémonie, vous devez demander pardon, Sœur Marguerite est là pour vous écouter.

Jacques
Mais vous êtes folle ! (Sœur Marguerite porte les deux armes sur son cou) Je retire. Je retire.

Sœur Marguerite
Il fait des progrès. Vous pouvez partir. Je vais le cuisiner à ma façon.

Jacques
Quoi vous partez ?

Marie-Christine
Oui. Je dois terminer les préparatifs. (Elle prend son sac) Sœur Marguerite s’assurera de votre repenti.

Jacques
Et vous allez laisser votre fils unique que vous chérissez tant, avec cette folle ?

Sœur Marguerite rugit
Assez, manant, repentis-toi !

Jacques se détache et arrive à s’enfuir. Il est coursé par Sœur Marguerite. Marie-Christine s’approche de la porte.

Marie-Christine
Je vous attends à 20h. Ayez le bon sens de ne pas être en retard.

Jacques
Mère, si vous me laissez avec cette folle, je vous promets de la découper en petite rondelle pour vous l’apporter en salade.

Marie-Christine
Restez correct Jacques-Henri, je… (On sonne) J’espère qu’il ne s’agit pas d’une de vos nouvelles petites copines ou c’est elle qui va terminer en rondelles, je vous le jure.

Jacques se fait prendre par Sœur Marguerite qui le coince contre le mur avec son bâton de fer.

Jacques
Au secours ! À l’aide ! Qui que vous soyez ! Défoncez la porte !

Marie-Christine
Ecoutez-le crier comme un homosexuel ! Si tu n’avais pas eu deux enfants, j’aurai au moins pu avoir le bénéfice de croire que tu étais un vrai raté !

Jacques
Mais oui, je suis un raté ! J’assume ! J’avoue ! Je suis une erreur ! Un ravisé ! Un accident ! Je n’aurai jamais dû naître mais, bon sang ! Ouvrez cette porte que l’on voit cette torture que vous imposez à votre propre fils !

Marie-Christine
Mon propre fils qui m’insulte et me déshonore ! Le Seigneur me pardonnera la guerre juste menée contre le Mal qui court en vous !

Jacques gesticulant
À l’aide ! SOS !

On entend des clés ouvrir. Pierre pousse la porte en grand.
Scène 3

Silence.

Marie-Christine tend sa main
Bonjour Pierre, je suis contente de vous voir.

Pierre serre la main de Marie-Christine en découvrant Sœur Marguerite tenant Jacques contre le mur
Bonjour Madame, quel plaisir de vous revoir.

Marie-Christine ferme la porte.

Sœur Marguerite lâche sa pression sur Jacques qui tombe à terre
Bonjour Pierre. (Elle lève les bras et serre Pierre chaleureusement dans ses bras) Alors, Pierre Junior est en route ?

Pierre
Euh… On y arrive.

Sœur Marguerite
Quoi ? Pas encore enfourné ? Il faut y aller mon grand ! Repeupler la race catholique de France et plus vite que ça ! Je ne vais pas te montrer le mode d’emploi comme même ! Faut faire crier dans la chaumière et que ça roule !

Marie-Christine
Oh ! Sœur Marguerite, vos images me feront toujours rougir.

Sœur Marguerite
C’est qu’il faut y aller. Un an de mariage, vous prenez du retard pour les 11 suivants…

Pierre
Évidemment ma sœur… Je suis assez surpris de vous voir ici en vérité. Quel bon vent vous amène chez Jacques ?

Jacques s’est relevé péniblement et passe pour s’asseoir sur le canapé. Il salue Pierre, courbé de douleurs.

Marie-Christine
Nous venions nous assurer que le marié serait présent ce soir. Vous imaginez une soirée sans l’heureux élu ? On aurait l’air un peu ridicule.

Pierre
Évidemment… Cela ne serait pas très approprié.

Sœur Marguerite
Quoi que cela m’est arrivé en 1978. Le marié, qui était un garçon de très bonne famille, je peux vous l’assurer…

Pierre
Et comment s’appelle l’heureuse élue, j’ai dû perdre le faire-part ?

Marie-Christine
C’était Claire Eugénie de Victoire Sainte-Beuve… Enfin, jusqu’à ce que Jacques soumette à mon attention, l’attitude un peu volage de cette jeune fille et…

Pierre
Et ?

Marie-Christine
Nous sommes à court de fiancée pour ce soir. (Elle soupire)
Un temps.

Sœur Marguerite
La petite Anne-Caroline peut-être ?

Marie-Christine
Non, sa mère m’a confié qu’elle allait la fiancer à Jean-Emile Motte de la Pique dans deux semaines.

Sœur Marguerite
Ah… Ennuyeux.

Pierre
Écoutez Mesdames. Puisqu’il semble que vous soyez à court de jeunes filles pour ce soir, laissez-moi m’occuper de trouver la mariée et, en prime, de vous amener le marié à l’heure pour votre dîner de ce soir. C’est entendu ?

Marie-Christine
Oh ! Vous feriez ça ?

Sœur Marguerite
Ce Pierre, quel homme !

Marie-Christine
Vous m’enlèveriez une belle épine du pied en vérité.

Pierre
Je m’occupe de tout. Je vous assure.

Marie-Christine
Vraiment ?

Pierre
Oui, tout. Vous préparez la salle, les petits-fours et ce soufflé au citron que vous savez si bien faire. Et vous, Sœur Marguerite, vous nous préparez un livret de chants pour donner un peu de spiritualité au dîner.

Sœur Marguerite qui trépigne
Je peux intégrer un Salve Regina en latin ?

Pierre
Bien sûr. Tout ce que vous voudrez.

Sœur Marguerite
Oh ! Pierre, vous êtes un ange. Si Astrid ne vous avait pas épousé, je vous aurai bien croqué au fond du jardin.

Marie-Christine
Sœur Marguerite !

Sœur Marguerite
J’ai dit « si »… C’est bien connu qu’avec des « si », on aurait mis Paris en bouteille.

Marie-Christine
Oui. Certes. Mais tout de même, vous êtes une servante du Seigneur.

Pierre qui ouvre la porte
J’avais compris la plaisanterie de Sœur Marguerite. Madame Tiley de la Volière, ne vous en faites pas, je m’occupe de tout.


Marie-Christine (A Jacques)
Vous entendez, lui au moins, il m’appelle par mon nom !

Pierre
Oubliez-le ! Il est déjà en train de choisir sa fiancée.

Marie-Christine prend les mains de Pierre
Pierre, je ne sais pas comment vous remercier...

Pierre
En nous préparant une belle fête.

Il les pousse discrètement hors de la porte.

Marie-Christine
À 20 heures pile ?

Pierre
Pas une seconde de plus.

Sœur Marguerite
À tout à l’heure, bel enfant.

Pierre
Oui, à tout à l’heure ma sœur. Marie-Christine, j’attends votre soufflé.

Marie-Christine
Oh ! Pierre ! Vous êtes… Oh ! Oui. À tout à l’heure.

Pierre ferme la porte.
Scène 4

Jacques est allongé sur le canapé.

Pierre
Hé Jacques ? Ça va ?

Jacques
Hm. Je me demande seulement laquelle des deux est la plus timbrée...

Pierre
Bon. Tout va bien. Je te fais un café. (Pierre s’avance dans la cuisine et prépare un café) Alors, quel est le crime cette fois-ci ?

Jacques
Cette poufiasse de Claire Eugénie.

Pierre
Quoi ? Je croyais qu’elle n’était pas à ton goût.

Jacques
Elle n’est pas à mon goût. Plate comme une limande et un cul en gélatine. Beurk. Tu sais bien que j’ai plus de goût que « ça » comme même !

Pierre
Alors, pourquoi vaut-elle une nouvelle opération « mariage en urgence » ?

Jacques se lève
Sais pas. Elle n’a pas dû avaler que je repousse ses avances. Vengeance féminine… Toutes des salopes… Je te l’ai toujours dit, toutes des salopes.

Pierre tend son café à Jacques
Bien. Je me passerai de commentaires… Car je te l’ai toujours dit, tant que tu ne respecteras pas les femmes, tu…

Jacques
N’obtiendras rien de bon dans ta vie. (Il avale une gorgée et va s’asseoir sur le canapé) C’est bon. Je suis très heureux avec ma vie, pas besoin de nana pour me crier dans les pattes ce que je dois faire. Qui m’obligera à faire la vaisselle le soir, m’obligera à acheter des chaussettes noires et non pas à carreaux… Bref qui me mènera une vie de chiens et qui me fera mourir avant l’heure. « Le célibataire vit comme un roi et meurt comme un chien, alors que l’homme marié vit comme un chien et meurt comme un roi. » Jean Anouilh le disait bien, le principal, c’est de vivre. M’en fous de mourir comme un chien, moi… (Un temps. Il vibre d’une peur soudaine) Ah ! Zut, il ne fallait pas me parler de mort ! Je déteste ça (Il se lève et voit Pierre tapant des messages sur son portable) Tu m’as écouté ou tu étais trop occupé à dialoguer avec ta maîtresse ?

Pierre
Contrairement à ce que tu crois, il existe des hommes fidèles qui aiment leurs femmes.

Jacques
Ouais, on en reparlera dans 10 ans quand elle ne te fera plus l’amour parce qu’elle a déporté toute son attention sur ses enfants.

Pierre
Il faudrait que tu dépasses la barrière femme = mère ou maîtresse, tu sais. C’est pour les adolescents, ça… Grandis un peu.

Jacques
Tu écris à qui ?

Pierre
À ma maîtresse.

Jacques
Ah tu vois, j’avais raison.

Pierre
Qui s’appelle aussi Madame Pierre Dubreuil.

Jacques se rembrunit
Très drôle.

Pierre
Ma femme est tout à la fois : mon amie, ma maîtresse, ma femme, ma confidente, ma…

Jacques
Oui. Bon, on change de sujet ?

Pierre
Ton mariage nocturne te plaît davantage ?

Jacques
La ferme.

Pierre
Non. Tes deux enfants avec leurs deux mères complètement givrées alors ?

Jacques
La ferme.

Pierre
Toujours pas ? Claire alors ?

Jacques
Si c’est pour me ressortir le chapitre sur ma vie et mon amour, tu peux rentrer chez toi.

Pierre
Je vois... Ça change de la ferme.

Jacques
La ferme.

Pierre
De toutes les façons, le jour où tu auras les couilles de changer ta vie, on le saura.

Jacques
Et on appelle ça un ami… Son MEILLEUR ami.

Pierre
Je n’y peux rien si tu tombes dans l’amertume et le cynisme à force d’être un vieux célibataire endurci.

Jacques se lève dignement
Je suis un homme libre moi monsieur ! Je n’appartiens pas à une vieille rombière qui me demande de repasser mes chemises et m’empêche de sortir le soir.

Pierre
Laisse tomber Jacques, je n’ai pas envie de t’expliquer ce qu’est vraiment le mariage et la vie auprès d’une seule femme, je sais que c’est inutile.


Jacques
Bien.

Pierre
Bien.

Silence.

Jacques s’assoit et tape nerveusement sur ses genoux
Alors elle arrive ta super woman qui va sauver la situation ?

Pierre
Qui te dit qu’elle viendra.

Jacques
C’est ce que tu fais en général. Appeler maman Astrid au secours… Et après tu m’assures que le syndrome maman – maîtresse a été dépassé.

Pierre
Etant donné ton attitude, je ne suis pas sûr qu’elle doive venir.

Jacques
C’est ça… Epargne-nous de sa présence, on se sentira mieux.

Pierre se racle la gorge
Et alors, quelle est ta solution ?

Jacques
Bombarder le château de ma mère, faire exploser Saint Pierre et toutes les églises du monde qu’on entende plus parler de la religion et ses conneries, m’amener Eva et que je lui fasse l’amour comme un chacal car elle a bien mérité cette cochonne… Hé Hé. C’est qu’elle a des gros nénés, Eva. Bien galbés en plus. Tu les tiens dans tes mains…

Pierre
Jacques, si tu es en manque, va dans la salle de bain, ouvre ton dernier play-boy et fais-toi plaisir. Moi, je n’ai pas envie d’entendre les exploits de tes dernières galipettes, compris ?

Jacques se lève
Excellente idée, je m’en vais retrouver mon ami ! Mon UNIQUE ami ! Gary Cole ! Lui seul qui LUI, a tout compris du secret de mes fantasmes féminins !

Pierre
C’est ça. Et pendant ce temps-là, le grand frère gère la crise du petit dernier trop gâté.

Jacques
Je suis fils unique moi, Monsieur. Je m’assume depuis longtemps.

Pierre qui regarde l’état de son appartement
Il suffit d’être ici pour s’en convaincre.

Jacques
Tu sais Pierre, jusqu’à hier, tu bénéficiais encore du titre de meilleur ami. C’était hier… Et si c’était demain…

Pierre
Oui ?

Jacques
Et bien je ne choisirai pas ce titre pour te définir !

Pierre
Non. Mais si c’était demain, je t’enverrai dans un vaisseau vivre sur une nouvelle terre où tu resteras seul pour que tu n’aies plus à me pourrir MA VIE… (Jacques s’avance et tend sa main) Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Jacques
J’accepte.À l’unique condition que je puisse emmener Eva et des Play-Boy avec moi.

On sonne.

Pierre
Tu es incorrigible.

Il se dirige vers la porte.

Jacques
Je te préviens. Si c’est ton Astrid, je fais une crise de tachycardie sur place.

Pierre
La tachycardie est une maladie qui ne se crée pas, Jacques. Et ça ne peut pas être Astrid, elle n’est pas invitée à venir, tu as oublié ?

Jacques
Tu crois que c’est Eva ?

Pierre
Il suffit d’ouvrir pour le savoir.

Jacques
Attends, attends ! (Il met ses mains sur ses tempes) Faites que ce soit Eva. Faites que ce soit Eva. Eva en minijupe et en haut rose moulant sur sa poitrine… Oh oui, oui. (Il se déhanche) Eva et sa poitrine… Ça me donne bonne mine. Bonne mine et je mets la turbine pour lécher ses mimines… (Il s’arrête en position de judo) Soit. (Il se détend) C’est bon, tu peux ouvrir.

Pierre
C’est bon ?

Jacques
Oui. Je te préviens, je lui saute dessus, tu auras juste le temps de déguerpir qu’elle gémira déjà dans mes bras.

Pierre
Bien. Je vois. (Il ouvre)

Scène 5

Sœur Marguerite entre, plongée dans la lecture de lettres. Elle se dirige vers le centre de l’appartement.

Silence.

Sœur Marguerite
Non, ce n’est pas Eva.

Jacques
Zut ! Mon karma n’est vraiment pas avec moi en ce moment.

Il s’écroule sur le canapé.

Sœur Marguerite à Pierre
Ce n’est pas Astrid non plus.

Pierre
Je lui ai pourtant demandé de venir.

Sœur Marguerite
Ce n’est pas avec votre plan traditionnel que nous allons gagner notre pari.

Pierre et Jacques qui se lève
Notre pari ?

Pierre à Jacques
Quel pari encore ?

Jacques
Ma mère. Une vague histoire de foulard Hermès.

Sœur Marguerite
Et une bouteille de Chanel n°5 à gagner, une trousse de maquillage Dior avec le dernier lait contre la cellulite et un kit vital jeune de chez Esthée Lauder.

Pierre
Je vois. Et Astrid est exclu du dispositif pari et urgence mariage ?

Sœur Marguerite
Pierre, vous êtes un bon petit, mais cette histoire ne relève pas de votre compétence.

Jacques
Oh, comment que c’est envoyé ça.

Pierre et Sœur Marguerite
Tais-toi toi !

Jacques se cache derrière le canapé.

Pierre
Et Astrid alors ?

Sœur Marguerite qui s’assoit sur le fauteuil en passant ses mains sur sa robe
Je l’ai affecté à une autre direction.

Pierre
Pardon ?

Sœur Marguerite
Action, organisation. L’opération « Marions Jacques » mérite stratégie, gestion, compétence et expertise. Moi, quoi.

Pierre
Je vois. Et c’est quoi le plan maintenant ?

Sœur Marguerite
Un peu de lecture.

Jacques et Pierre
De lecture ?

Sœur Marguerite sort des lettres
Taisez-vous et écoutez. Pierre, assis !

Elle fait un geste et Pierre s’assoit immédiatement. Sœur Marguerite lit une lettre

Sœur Marguerite
« En réponse à votre annonce de mariage, je me permets de me présenter. Je m’appelle Marie, j’ai 22 ans, je suis vierge et je fais des études d’infirmière. Mon but dans ma vie est d’élever, comme vous, mes quatre enfants dans le respect des valeurs catholiques qui m’ont été enseignées. » (À Pierre) Pas mal, hein ? Je l’invite ? (Elle dépose une photo sur le canapé pour Jacques) Regarde Manant. Tout de suite !

Jacques s’est réfugié sous un coussin
Qu’on me laisse tranquille, je suis un naufragé de l’amour, on ne peut plus rien faire de moi.

Sœur Marguerite
Tu ferais mieux de coopérer Don Juan éperdu, Madame Tiley de la Volière ne se laissera pas faire, cette fois-ci j’en ai bien peur (Elle sort son fer et pique les fesses de Jacques. D’une voix aiguë) Et moi non plus d’ailleurs. (Rires sournois)

Jacques qui a sursauté s’assoit sur le canapé
Ma sœur, ne voyez vous pas que je suis une brebis égarée qu’il est impossible de convertir ? Laissez tomber, vous avez suffisamment perdu de temps avec moi.

Sœur Marguerite
J’ai perdu du temps avec toi, Jacques-Henri c’est vrai… Mais je ne veux pas l’avoir perdu pour rien ! Nous te marierons, ce soir, quoi que tu dises ou fasses… Mon vieux, tu es cuit.

Jacques
Vous écoutez-vous ma sœur ? Est-ce une manière de parler ma sœur ? Est-ce là le comportement digne d’une servante du Seigneur ?

Sœur Marguerite
Cours toujours tu m’intéresses.

Jacques
Ma sœur !

Sœur Marguerite lit
« Catholique, diplômée de maîtrise d’Histoire de l’art, j’aspire à devenir conservatrice de musée et mère au foyer. Votre annonce m’a beaucoup touchée et c’est avec une certaine hardiesse que j’y réponds dans l’espoir de vous rencontrer, un jour, peut-être, au café Deux Magots, comme vous le proposez si galamment dans votre message… Contactez-moi au 06 58 99 25 06. Cécile. » Tiens, sa photo. Moins godiche que l’autre… Elle ne précise pas si elle est encore vierge mais étant donné la situation, nous pouvons nous montrer plus compréhensif, non ?


Jacques regarde la photo
Jolie. Pour une catholique. (Il donne la photo à Pierre) Mais dites-moi ma sœur, n’étiez-vous pas censé préparer mon carnet de messe de mariage ?

Sœur Marguerite
Pas de messe sans mariée. Je viens vous en trouver une. C’est que je vous connais tous les deux. La même combine à chaque fois… Sauf que cette fois-ci, mes cocos, vos facéties ne suffiront pas… Marie-Christine est décidée.

Pierre
Et ces lettres vont nous aider, ma sœur ?

Sœur Marguerite
Candidates désespérées seulement.

Pierre et Jacques
Pardon ?

Sœur Marguerite
Celle-ci me semble parfaite, écoutez : « Je m’appelle Hélène. Je suis enceinte d’un homme marié et ma famille ne tolèrera pas un bébé hors mariage, vous êtes candidat ? On divorce dans un an dès que mon amant se sera séparé de sa grue de femme. Appelez-moi. »

Jacques
Elle s’est fait avoir Hélène !

Sœur Marguerite
Evidemment. L’homme s’est joué d’elle, il ne la quittera pas pour elle mais au moins, elle veut se marier… Cela veut dire qu’elle voudra, même avec vous.

Jacques
Vous voulez quoi, que je joue au salop qui profite d’elle ?

Sœur Marguerite
Tu es assez bon dans ce rôle-là pourtant.

Jacques
Je n’ai jamais menti.

Sœur Marguerite tend la photo
Pas très jolie Hélène.

Jacques
Sœur Marguerite, si vous croyez que je vais me marier comme ça, à n’importe qui, vous rêvez.

Sœur Marguerite
C’est ça où je fais entrer dix candidates et vous devez en choisir une pour repartir avec.

Pierre
Cela pourrait être une solution.

Jacques éjecte le coussin dans le salon
Jamais de la vie.

Pierre
Du calme, fils.




Jacques
Imagine, seulement, mon ami. Imagine ! Imagine un instant Pierre. Si elles sont dix, vingt, trente, toutes habillées comme cette maman de Cyrillus à peine âgée de 20 ans ! Tu ne sais pas quels dégâts elles peuvent causer à ma réputation si on les voit toutes rentrer dans mon appartement !

Sœur Marguerite
Alors, bon pour Hélène ?

Jacques (à Pierre)
Appelle Astrid, je t’en supplie… Qu’elle sorte l’artillerie lourde.

Pierre
Sœur Marguerite, a-t-on une autre solution ?

Sœur Marguerite tend les photos
Choisissez ! Maintenant.

Jacques
Dites-moi que c’est un cauchemar. C’est un cauchemar. Je vais me réveiller. Pince-toi Jacques, Pince-toi, tu vas te réveiller. (Il se pince et voit Sœur Marguerite qui sort son fer) Ce n’est pas un cauchemar !

Il éclate dans un sanglot hypocrite et bruyant.

Pierre
Sœur Marguerite, je vous assure… Nous allons trouver une solution. Il y en a forcément une !

Sœur Marguerite regarde sa montre
Oui. Elle arrive dans 5 minutes.

Pierre
Laquelle ?

Sœur Marguerite pointe le public
Et si vous croyez que je vais leur dévoiler la suite, vous rigolez !

Jacques
Mais elle parle à qui là ?

Pierre
Vous avez une solution ? Une vraie ?

Sœur Marguerite
Je vous assure, j’ai la solution !

Pierre
Je vous en supplie, ne me torturez plus. Je suis un bon serviteur du seigneur. Dites-le-moi.

Sœur Marguerite fait la moue puis lui dit d’approcher. Pierre se penche. Sœur Marguerite lui murmure à l’oreille quelques mots. Sourire béat de Pierre.

Pierre
Vous êtes un génie.

Jacques
Qu’est-ce qu’elle a dit ? Qu’est-ce qu’elle a dit ?

Sœur Marguerite
« Elle » vous dit : fais allégeance manant, je t’ai trouvé une solution 100% garantie bonheur.

Pierre
Je me disais que ce n’était pas votre genre de vouloir marier Jacques à une jeune fille pure et naïve…

Sœur Marguerite
En effet.

Jacques
Vous savez bien que je ne le méritais pas.

Sœur Marguerite
Elle vous aurait pourtant regardé pourtant avec ses grands yeux d’enfants, persuadée d’avoir rencontré le bon…

Jacques
Quelqu’un de bien l’attend pourtant, ce n’est pas moi.

Sœur Marguerite range son fer
Je sais.

Jacques
Je ne suis pas le salop que vous pensez.

Sœur Marguerite
Je ne le pense pas.

Jacques
Bien.

Pierre
Ce qui confirme que tu as besoin d’aide.

Jacques
Hé ! Est-ce qu’il y a marqué « aidez-moi » sur mon front ?

Pierre et Sœur Marguerite
Oui.

Jacques
Sortez de chez moi.

Sœur Marguerite
Ecoutez-le, celui-là qui l’on offre le bonheur, qui crache dessus avec son venin, incapable de déguster comme il se doit. Tous pareils, les êtres humains, le bonheur face à eux et ils se laissent aveugler par le malheur.

Pierre
Ne vous inquiétez pas Sœur Marguerite.

Jacques
Je n’ai rien compris.

Pierre
Le contraire nous aurait étonné.

Silence.

On sonne.

Jacques
Alors ? Quel est le plan ?
Pierre
Si seulement je savais… Avec toi, impossible d’établir un plan.

Jacques
Et pourtant, quelqu’un attend derrière cette porte. Il est là pour me sauver, pas vrai ?

Pierre
Personne ne peut te sauver Jacques.

Jacques
Tant mieux. Alors je vous préviens, si c’est Eva, vous partez. Et si… Si c’est une vierge en folie ou votre plan SOS Jacques, je m’en vais.

Sœur Marguerite
Chiche.

Jacques s’approche de la porte
Vous m’énervez.

Sœur Marguerite confiante
Ouvre et tais-toi.
Scène 6

Claire se tient sur le pas de la porte.
Silence.
Elle entre.

Claire
Bonjour Pierre. Jacques. C’est Astrid qui m’a demandé de venir.

Silence.

Jacques sort.

Sœur Marguerite
Courageux l’étalon. Le voilà qui s’en fuit.

Pierre
Je vais le chercher.

Sœur Marguerite
Faites donc.

Pierre sort.
Scène 7

Claire entre et ferme la porte derrière elle.

Sœur Marguerite
Asseyez-vous. (Elle désigne le canapé. Claire s’assoit) Bien. Que vous a dit Astrid ?

Claire
Elle m’a parlé d’une histoire de pari et de mariage arrangé.

Sœur Marguerite
Et cela t’arrange ?

Claire
Oui.

Sœur Marguerite murmure pensive
Tu ne préfères pas l’amour ?

Claire
Pardon ?

Sœur Marguerite
Pourquoi ?

Claire
Raisons professionnelles.

Sœur Marguerite
Quoi, tu es devenue lesbienne et tu n'as pas osé l’avouer à ta mère ?

Claire
Non Sœur Marguerite, je suis hétérosexuelle.

Sœur Marguerite
Et alors ? Quoi ? Tu en as assez qu’on te traite de Catherinette, c’est ça ?

Claire
Non plus Sœur Marguerite. Je suis célibataire, hétérosexuelle et femme qui s’assume.

Sœur Marguerite
Et comment en es-tu arrivée là, une jolie fille comme toi ?

Claire
C’est vieux comme le monde, oui ! Ça s’appelle, la société post-chrétienne et macho du monde du travail français.

Sœur Marguerite
Un sous-titrage est nécessaire.

Claire
Mais dans une entreprise, pour une femme, ce n’est pas bien compliqué Sœur Marguerite... Soit elle est madame « je couche avec tout le monde » type promotion canapé… L’image parfaite de la maîtresse non assumée. Soit elle est la maman qui a trois enfants et qu’on respecte parce qu’elle est mariée.

Sœur Marguerite
À ce point-là ?


Claire
Disons que j’ai besoin d’une augmentation et d’une nouvelle affectation rapide. Le statut marié est bien vu… C’est ça ou je couche avec le patron et comme le patron est un vers gras et laid, je préfère le mariage arrangé.

Sœur Marguerite
Mais pas d’enfants ?

Claire
Je suis stérile.

Silence.

Sœur Marguerite
Pour de vrai ?

Claire
Je le serai pour mon travail, c’est largement suffisant.

Sœur Marguerite
Je vois. Je ne suis pas sûre d’être convaincue par cet argument-là.

Elle se lève.

Claire
C’est pourtant la vérité.

Sœur Marguerite
Bien sûr mon petit… Mais si vous ressentez encore des sentiments pour Jacques, laissez-moi vous avertir, il est plus renfermé qu’une huître.

Claire
Je ne suis pas amoureuse de Jacques.

Sœur Marguerite prend le visage de Claire dans ses mains
Tu sais qu’il ne te mérite pas.

Claire se détache et se lève
Je ne suis pas amoureuse de lui.

Sœur Marguerite se détache
Il a de la chance le bougre… La vie est absurde parfois.
Scène 8

Pierre entre avec Jacques.

Sœur Marguerite levant les bras
Et voilà notre fiancé !

Jacques
Si vous croyez que je…

Sœur Marguerite
Tu restes, tu te tais et tu exécutes.

Jacques tressaillit.

Claire
Je n’arrive pas à croire que tu aies encore peur d’elle. Elle t’a vraiment traumatisé au lycée, pas vrai ?

Jacques
PAS DU TOUT. (Sœur Marguerite pousse un cri sadique. Jacques sursaute) Mais ça ne va pas !

Sœur Marguerite
Très bien et toi chéri ?

Jacques
Vous êtes folle !

Sœur Marguerite
Je faisais un petit test.

Claire
Qui a très bien fonctionné.

Sœur Marguerite sort son pic
Assez parlementé. (Elle menace avec son pic et pointe le devant de la scène) Maintenant on danse !

Elle frappe le sol et ordonne à Claire et Jacques de s’avancer. Elle tend un CD à Pierre qui le met dans la chaîne.

Sœur Marguerite
Vous êtes prêt ?

Jacques à Pierre qui enlève des affaires autour de la chaîne
Tu fais quoi, tu es femme de ménage maintenant ?

Sœur Marguerite
Suffit. (La musique commence) Hum. J’adore.

Jacques
Voyons, Marguerite, pas ce soir, vous savez que le mercredi, c’est Eva.

Pierre arrête la musique
Mais tu t’écoutes ! Un peu de respect vis-à-vis d’une sœur de l’Eglise.

Jacques
Ecoute-toi toi ! Tu as pris la grosse tête depuis ton mariage ! En plus de prendre du ventre, pauvre quinqua avant l’heure !

Pierre sort le pic de l’habit de Sœur Marguerite et lui tend en regardant Jacques
Il est à vous.
Sœur Marguerite
Il est à moi, pour ce soir… (Jacques veut s’écarter) Hé, pas si vite, mon tout beau. (Elle pointe le pic dans le dos de Jacques qui lève les mains pour se rendre) Par ici, jeune étalon. L’herbe y est plus verte vois-tu…

Jacques accepte sous la menace de prendre Claire dans ses bras.

Claire ironique
Merci Sœur Marguerite.

Sœur Marguerite
Vous l’avez voulu.

Claire
C’est une affaire qui m’arrange.

Sœur Marguerite
Avez-vous conscience de ce que vous vous apprêtez à faire ?

Claire
Les mariages blancs sont plus courants que vous ne le croyiez.

Sœur Marguerite
Bien. Si vous êtes décidé.

Elle fait signe à Pierre.
Pierre s’exécute. Sœur Marguerite dégage le devant de la scène et prend Jacques et Claire par la main. Celui-ci sursaute.

Sœur Marguerite
Allez mon petit, il serait temps de dépasser vos peurs.

Jacques
Quelle peur ?

Sœur Marguerite les place. La musique de In the Mood for Love se lance.
Dansez.

Jacques tressaillit
Pardon ?

Sœur Marguerite
Dansez.

Claire
Sœur Marguerite, je ne suis pas sûre que cela soit une bonne idée.

Sœur Marguerite
Vous aussi, dansez.

Claire tressaillit, ce qui fait rire Jacques
Moque-toi, tiens… Tu es dans la même situation que moi.

Jacques
Justement, c’est ça qui est insultant.

Ils débutent. Jacques fait exprès de marcher sur le pied de Claire.

Claire
Oh l’abruti !
Jacques se tord de rire en voyant Claire sauter sur place. Il tombe sur le canapé. Pierre arrête la musique et le regarde méchamment. Jacques prend son regard avec défi et se relève. Il appuie sur la chaîne, prend Claire dans ses bras et exécute une valse parfaite. Il s’arrête, Claire semble sous son charme. Elle se reprend en se rhabillant à distance.

Jacques (à Pierre et Sœur Marguerite)
Satisfait ?

Pierre
Oui.

Sœur Marguerite applaudit
Mieux. Beaucoup mieux. En net progrès.

Jacques
Cela ne fait pas de moi un homme marié.

Pierre
Pardon ?

Jacques
Vous pouvez m’obliger à danser avec l’autre guenon, mais votre mariage arrangé, je vous le colle où je pense.

Pierre et Claire
Pardon ?

Claire
Tu parlais de qui, tu crois là ?

Pierre
Jacques, réfléchis…

Jacques s’est approché de la chaîne et enclenche la musique du Full Monty
C’est tout réfléchi.

Il exécute une chorégraphie aguicheuse.

Jacques
Je suis un homme libre et je le resterai.

Il continue et la musique baisse.

Jacques (à Pierre)
Compris, monsieur mariage arrangé ?

Pierre
Tu es vraiment qu’un idiot.

Il sort en claquant la porte.

Scène 8

Claire prend son sac et veut sortir. Sœur Marguerite la retient.

Sœur Marguerite
Non, non ! Toi, tu restes là.

Jacques
Non, elle sort et vous aussi. Je voudrais recevoir mes copines maintenant. Exercer ce que tout mâle a besoin d’exercer à partir d’une certaine heure de la journée.

Sœur Marguerite
Charmant. Mais croyez-le ou non, il y a une solution pour votre cas.

Jacques
Mon cas ? Quel cas ?

Sœur Marguerite
Le vôtre, Jacques. Sous cette allure de salop coucheur jouissif, joueur et faussement libre que vous affichez, je sais qu’il reste encore, le Jacques gentil et humain qui a, un jour, existé.

Jacques
Sœur Marguerite, la psychologie n’est pas du domaine de l’Eglise.

Sœur Marguerite
Soit. Peut-être. Elle est néanmoins du domaine de l’être humain et j’en suis toujours un. Souvenez-vous Jacques… Ce n’est pas si loin que ça Jacques. Souviens-toi… (Elle regarde Claire) Pas si loin que ça.

Sœur Marguerite prend les clés de l’appartement et s’avance près de la porte.

Claire
Excusez-moi Sœur Marguerite, mais que faites-vous ?

Sœur Marguerite
Je vous enferme. Je reviendrai dans deux heures. Je veux voir ce morceau de flamme qui est revenu dans vos yeux, le temps de cette demière valse, s’enflammer… Pour que ce soir, nous rentrions chez nous, heureux d’avoir marié un homme et une femme que le ciel avait promis l’un à l’autre.

Claire et Jacques
Pardon ?

Sœur Marguerite
À tout à l’heure.

Elle claque la porte et elle ferme le verrou. Claire se précipite, mais il est trop tard. Elle regarde Jacques qui lui sourit avec un air intéressé.

Claire
Oh non ! Ce n’est pas vrai. Enfermée par une sœur catholique dans l’appartement d’un obsédé sexuel. (La lumière s’éteint) Claire tu ne pouvais vraiment pas tomber plus bas.

Jacques
Voyons, chérie, la nuit ne fait que commencer.

Claire crie. Mouvements. Le corps de Jacques tombe par terre
Jacques, ça va ?

Fin de l’acte I.